Les soins

La maladie parodontale et le tabagisme

1 - Introduction

Le tabagisme est associé à des maladies graves telles que le cancer, les maladies pulmonaires et cardiaques ou autres. Cependant le lien entre les maladies parodontales et le tabagisme est méconnu du public. Pourtant les méfaits du tabac sur les tissus de soutien de la dent sont connus depuis longtemps. Selon de récentes études, le tabagisme est un facteur de risque important dans le développement et l'aggravation de maladie parodontale. Les fumeurs doivent être conscients de ces dangers.

2 - La maladie parodontale

La maladie parodontale est une maladie infectieuse causée par des bactéries. C'est une maladie très répandue et la cause première de la plupart des extractions dentaires. Les bactéries s'accumulent autour de la langue sous forme d'une couche collante intitulée la plaque qui se forme constamment. Si elle n'est pas éliminée, cette plaque se transforme en tartre. Le système qui retient la dent à la mâchoire se détériore, les gencives se séparent de la dent et une poche parodontale se forme. L'os alvéolaire rétrécit, la dent perd son soutien et finit par tomber. Au début, la maladie entraîne le gonflement et le rougissement des gencives ainsi que leur saignement lors du brossage. Ces phénomènes sont généralement indolores, c'est pourquoi on considère ce mal comme une maladie chronique silencieuse. Aux stades plus avancés, on remarquera des sécrétions, une mauvaise haleine et un goût désagréable dans la bouche ainsi que la mobilité des dents, la création d'espaces entre les dents et des problèmes esthétiques. Outre les bactéries, les facteurs de risque sont le tabagisme, le diabète et des changements hormonaux. On peut soigner la maladie de différentes manières selon sa gravité, à commencer par des soins bucco-dentaires et le détartrage et jusqu'aux interventions chirurgicales plus complexes.

3 - Le tabagisme et la maladie parodontale : effets visibles sur la bouche, le processus pathologique, les conséquences médicales et l'amélioration après sevrage

A – Effets visibles sur la bouche

Les gencives ont tendance à épaissir et à devenir fibreuses, étonnamment les fumeurs ne constatent pas de saignement, apparemment en raison d'un dysfonctionnement de la circulation sanguine. Un déchaussement des dents apparaît, ce qui a pour effet de les faire paraître plus longues et jaunâtres à cause de la nicotine. On observe également une baisse du goût et une mauvaise haleine due à la présence de microbes anaérobies. Les radios montrent une décalcification importante de l'os, le visage est plus ridé, le teint devient grisâtre.

B – Le processus pathologique

(1) Le tabagisme a un impact sur la composition de la flore bactérienne de la bouche. Les études scientifiques démontrent que le fumeur présente une augmentation significative de microbes pathogènes dans la bouche et le pharynx alors que le non-fumeur présente un équilibre des microbes aérobies "normaux" et des bactéries potentiellement pathogènes. Cet équilibre est retrouvé en quelques mois après l'arrêt de la cigarette.

(2) - Le tabagisme atteint la microcirculation (c'est-à-dire la circulation sanguine des extrémités périphériques et terminales). Les vaisseaux sanguins irriguant les gencives rétrécissent suite à l'accumulation de nicotine et un appauvrissement de la circulation sanguine ce qui a pour effet de retarder l'arrivée de cellules vitales pour la protection antibactérienne. C'est la raison pour laquelle les fumeurs souffrent moins de saignement des gencives même en cas de parodontite avancée. On sait aujourd'hui que les dégâts provoqués par le monoxyde de carbone de la cigarette sont plus graves que ceux de la nicotine puisqu'il entraîne des modifications de la fluidité du sang et de la coagulation. En d'autres mots, le sang du fumeur est plus épais et circule plus lentement.

(3) - Le tabagisme a un impact sur le système immunitaire car il réduit la création d'anticorps et a un effet négatif sur les globules blancs (atteinte à la mobilité des PMN, monocytes macrophages et leur capacité à digérer les bactéries)

(4) -Le tabagisme a un effet négatif sur le métabolisme du fibroblaste, la cellule responsable de la cicatrisation qui entretient les tissus reliant les dents et les gencives.

(5) - Le tabagisme favorise la décalcification.

C. Les conséquences pratiques du tabagisme en parodontologie :

(1) - L'absence de saignement lors du brossage alors que c'est l'un des premiers facteurs qui amènent le malade à consulter, donc retard de prise de conscience de l'existence de la maladie.

(2) -Retard de la cicatrisation des plaies dû certainement au ralentissement des processus de cicatrisation et de la modification de la circulation sanguine et du système immunitaire.

(3) - Les traitements de parodontologie conservateurs ou chirurgicaux donnent de moins bons résultats sur les fumeurs que sur les non-fumeurs. Les résultats sont moins stables à long terme. La microchirurgie est moins adaptée aux fumeurs pour les difficultés liées à la microcirculation.

(4) - Le tabagisme et l'intégration des implants : le processus d'ostéointégration des implants dentaires a lieu chez les fumeurs également mais il est plus lent et plus fragile. Ceci a pour effet le risque de développement de gingivite autour des implants (péri-implantite) et l'échec des implants à cours moyen terme

4 - Le sevrage et l'espoir

Toutes les études démontrent que le sevrage du tabagisme rend au système vasculaire et au système sanguin leur dynamisme (les patients ayant arrêté de fumer font part de saignement des gencives ce qui n'aurait pas eu lieu auparavant). Dès les premiers jours après l’arrêt du tabac, les études font état d'une amélioration de la circulation sanguine, favorable aux traitements parodontaux.

5 – Attitude thérapeutique envers les patients

Si certaines cliniques refusent de soigner les fumeurs, à cause de la diminution des chances de guérison, mon avis est différent : pour moi, le fumeur est victime d'une grave dépendance, incontrôlable dans certains cas. Certains fumeurs sont en proie à un cercle vicieux qui les empêche de se prendre en main. Ils ne sont donc pas à pénaliser. Nous préférons essayer de leur adapter des traitements qui leur conviennent le mieux en prenant en compte les limites thérapeutiques. Il faut continuer d'essayer de convaincre les patients d'arrêter de fumer. Les arguments faisant appel à la peur du cancer ou de maladies cardiovasculaires sont généralement inutiles, il est préférable de mettre en jeu l'esthétique et la qualité de vie. Nous proposons un programme d'amélioration de la qualité de la vie, basé sur le sevrage du tabagisme, sport et nutrition. Les premiers résultats du traitement parodontal encouragent le patient à prendre sa santé en main et à sortir de l'impasse dans laquelle il se trouve. Nous, professionnels de la santé, considérons que notre rôle est celui de coach de soutien pour ces patients qui décident de devenir maîtres de leur destin.

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